Antiviral : les influences de Brandon Cronenberg

Devons-nous chercher à situer le premier long-métrage de Brandon Cronenberg dans une chronologie familiale, ou lui laisser une chance de faire ses preuves comme un jeune cinéaste parmi d’autres ? La réponse est simple : c’est non. Cronenberg fils n’a pas cherché à se détacher de l’œuvre du père, ni à se trouver ses propres démons à filmer. Les références disséminées dans son film sautent aux yeux. Il s’en est nourri, les a digérées et les réinjecte dans Antiviral en essayant de trouver sa propre patte. Honnêtement, il ne s’en sort pas si mal !

Antiviral

Dans un futur qui peut sembler très proche, la volonté de ressembler aux « stars » est devenue tellement forte que les gens veulent attraper les mêmes maladies que leurs idoles. Ces icônes sans autre talent que celui de faire rêver les gens vendent donc leurs germes pathologiques à des sociétés, qui contaminent ensuite leurs clients désireux d’avoir le même herpès que leur star favorite. Syd March, employé dans une de ces compagnies, s’inocule lui même les virus pour les faire sortir des labos, et les vendre ensuite au marché noir.

Chromosome

Brandon Cronenberg reprend deux thèmes chers à son père, notamment au début de sa carrière : le désir et le corps parasité. Dans Antiviral, la contamination est désirée par les clients de la société où travaille le personnage principal. C’est le désir des gens que Brandon Cronenberg essaie de creuser. Des films comme Chromosome 3, Frissons, Scanners, ou encore Dead Zone réalisés par David Cronenberg sont marqués par le rapport au corps, et à un élément étranger qui vient modifier ce corps et ses réactions, et qui place le personnage en dehors de la société. Vidéodrome interroge le désir du personnage, fasciné par une vidéo dangereuse qui peut provoquer des tumeurs au cerveau. Ce désir coupe le héros du monde « normal ».

Chez Brandon Cronenberg, la maladie est institutionnalisée, les virus sont sans réel danger, alors que chez son père, elle était plutôt synonyme de transgression. Ici, le thermomètre a remplacé la cigarette comme passe temps. Il est normal de vouloir être malade. Même si le héros Syd March transgresse les codes, il est habité par le même désir de contracter ces maladies et de malmener son corps que n’importe qui d’autre dans cette société. Son désir est peut-être même plus grand que chez les autres, ce qui le pousse à dépasser les limites.

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A History of Cinema

Un autre film est très présent dans Antiviral : Orange Mécanique, et cela en plusieurs points. D’abord, du point de vue de la construction. Durant la première moitié d’Antiviral, on découvre l’univers de Syd March, les codes de sa société. On le voit les transgresser, comme Alex dans Orange Mécanique. Ensuite, le héros se fait prendre à son propre jeu, et se fait arrêter. Dans les deux films, cela signifie passer par un hôpital, dans des salles immaculées, où les héros ne sont plus traités comme des êtres humains. D’un point de vue esthétique, certains cadrages qui isolent Syd March dans de grandes pièces blanches, avec d’immenses portraits de stars aux murs font écho à Orange Mécanique. Les plans ne sont pas copiés, il s’agit plutôt d’une influence qui a pris largement le temps de mûrir dans l’esprit de Brandon Cronenberg. Il en a imprégné son film sans que l’hommage ne soit trop appuyé. Et enfin, le casting d’Antiviral compte Malcolm McDowell, l’interprète principal du film de Kubrick. Il joue ici le rôle d’un médecin, mais indépendant du système… La boucle est bouclée, l’interprète du personnage le plus marquant du cinéma d’anticipation veille sur le héros d’Antiviral. Malcolm McDowell et Caleb Landry Jones partagent même un certain air de famille. Tous deux sont blonds-roux, lancent des regards « par en dessous » et ont un visage et une silhouette dérangeants et androgynes. Sans être beaux, ils sont fascinants.

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 A Dangerous Method

Ce premier long-métrage aurait tout du sans faute s’il n’était pas esthétisé à l’extrême. La forme se veut trop proche du fond : un monde déshumanisé, immaculé, sans danger puisque les virus sont sous contrôle. Le film lui-même finit par ne pas prendre de risque. Il est sous contrôle total et il en devient ennuyeux. Les images sont belles, impeccables même, mais restent trop contemplatives, et le film perd son rythme.

Brandon Cronenberg n’a pas choisi la facilité. Peut-être avait-il besoin de se confronter à son héritage cinématographique de plein fouet pour pouvoir se libérer dans ses prochaines réalisations. Avec toutes ces références incroyablement pesantes (l’univers de son père, l’ombre de Kubrick), il est parvenu à réaliser un très bon premier film, qui ne pèche que par volonté de trop bien faire. Il peut souffler, il a réussi son entrée dans la cour des grands, et un peu de décontraction ne pourra que faire du bien à sa carrière future.

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Crédits photos : UFO Distribution

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