Blancanieves : The Artist n’a pas le monopole du muet noir et blanc

Le film espagnol Blancanieves sortira sur nos écrans le 23 janvier. Cette adaptation libre du conte de Blanche-Neige, réalisée par Pablo Berger, est un film muet, en noir et blanc. Suite au succès de The Artist, il devra inévitablement soutenir la comparaison avec le film de Michel Hazanavicius. Pourtant, ironiquement, le projet de Blancanieves est antérieur à celui de The Artist, et les deux films mettent en images des univers très différents.

 

L’année 2012 nous a apporté son lot d’adaptations de Blanche Neige (celui de Tarsem Singh ainsi que Blanche-Neige et le chasseur, qui ont comptabilisé à eux deux plus de 2,5 millions d’entrées en France). Cela a également été l’année du grand retour du muet noir et blanc. Le succès de The Artist a bien prouvé que son réalisateur Michel Hazanavicius n’était pas le seul à fantasmer une époque révolue. Car c’est bien une période idéalisée qui est mise en scène dans The Artist. Et en cela, Blancanieves est très différent.

 

La Blanche Neige de Pablo Berger

La Blanche Neige de Pablo Berger

The Artist rend hommage à un âge d’or d’Hollywood, avec le regard d’outre-Atlantique admiratif et rêveur de ceux qui ne l’ont pas connu. Esthétiquement, cela se ressent à travers un noir et blanc éclatant et lisse, qui laisse des étoiles dans les yeux. Visuellement, Blancanieves est loin de ces teintes très tranchées et brillantes. Son noir et blanc se compose de quantités de nuances de gris, plus proche des films de Tod Browning. La références est d’ailleurs évidente lorsque les sept nains apparaissent à l’écran : on ne peut que penser à Freaks, La Monstrueuse Parade. Pour son deuxième long-métrage, Pablo Berger s’inspire d’un âge révolu et lui rend hommage à sa façon : en créant une œuvre à part, qui fonctionne sans bombarder sans cesse le spectateur de références. Le résultat se situe à la limite du fantastique et du rêve tout en restant ancré dans la violente et triviale réalité de l’Espagne des années 20.

 

Des nains toreros dans l'Espagne des années 20

Des nains toreros dans l’Espagne des années 20

Le casting de Blancanieves est impeccable. La jeune Macarena Garcia incarne une Blanche-Neige réaliste et surprenante. Quant aux autres personnages, leurs visages et leur talent ne nous sont pas inconnus : Maribel Verdu (Le Labyrinthe de Pan, Tetro), Angela Molina (1492 : Christophe Colomb, Étreintes brisées) ou encore Daniel Gimenez Cacho (La Mauvaise Éducation). Mention spéciale à Maribel Verdu, qui campe une marâtre tout à fait malveillante et inquiétante. Évidemment, le chauvinisme français et américain exacerbé par le casting de The Artist, qui en a poussé beaucoup sans les salles obscures, ne jouera pas en faveur du film de Pablo Berger. Préciser que le producteur de Blancanieves, Jérôme Vidal, est français, fera t-il augmenter les entrées ?

 

La pomme empoisonnée

La pomme empoisonnée

Heureusement, les qualités de Blancanieves sont reconnues : il a été nommé dans de nombreux festivals, et a reçu le Prix spécial du jury au festival de San Sebastian. Il faut savoir que la production de Blancanieves a été assez compliquée, et sa sortie dans nos salles était loin d’être certaine… C’est pour cela qu’il faut se déplacer, et aller le voir. Des ovnis de cette qualité sont trop rares pour ne pas en profiter. Il est esthétiquement très réussi, et l’histoire est poignante. Courez-y dès mercredi, il n’est programmé que dans 5 salles parisiennes.

Crédit photos : Noodles Production

Share
Ce contenu a été publié dans Actu ciné. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>