Django Unchained : surprenant Tarantino

En m’installant dans la toute nouvelle salle du Pathé Wepler (dans laquelle il faut payer 2 euros de plus pour avoir le droit de s’asseoir où on veut), je m’attendais à quelque chose de bien précis. Django Unchained, un film de Tarantino, dans lequel un esclave noir prend sa revanche sur les blancs. Je m’attendais à un doublon d’Inglourious Basterds, à cause des similitudes entre les deux histoires. Je m’attendais à du rythme, un film carré, implacable, qui avance sans sourciller vers le dénouement final, comme les personnages et comme le spectateur qui n’ose plus fermer les yeux une demi-seconde tellement c’est bon. Je n’ai pas ressenti cela devant Django Unchained. Un peu déroutée au début, j’ai fini par comprendre que c’était la meilleure chose qui pouvait arriver au film. Tarantino ne se laisse pas enchaîner à ce qui a fait son succès. Même si on retrouve sa patte, ce n’est pas toujours là où on l’attend. La différence en quatre points.

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La violence

Élément indispensable du cinéma de Tarantino, la violence dans Django n’est pas mise en évidence ou mise en scène comme dans les Kill Bill, Boulevard de la mort ou Inglourious Basterds. Ici, elle est présente, et bien vivace, mais elle se fond dans le décor, comme elle se mêlait au quotidien des esclaves de cette époque. Elle n’est pas esthétisée, elle est triviale. Le spectateur n’y prend pas part comme ça pouvait être le cas dans Inglourious Basterds, peut-être parce que les héros ne prennent pas de plaisir à tuer. Schültz fait son boulot, Django se bat pour sa vie et pour sa condition d’homme libre. Django Unchained est une fresque épique. On ne peut pas rêver d’être à la place du héros comme on aimerait être à la place des Basterds. C’est son histoire, et nous ne pouvons que le regarder la vivre. Le film ne nous donne pas les moyens de l’observer avec du recul, et d’apprécier une mise en scène de la violence.

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Les mouvements de caméra

Beaucoup de films de Tarantino avaient du western en eux, mais aucun auparavant n’était un vrai western. Et paradoxalement, Django Unchained est celui qui use et abuse le moins des mouvements de caméra et des effets qui caractérisent le genre. A part quelques zooms rapides sur les visages des personnages, rien n’est trop appuyé. Alors que la BO d’Inglourious Basterds était celle d’un western spaghetti, tout comme celle de Kill Bill : volume 2, elle est moins appuyée dans Django et beaucoup plus axée sur la musique noire américaine. Toute la différence est là : Tarantino a fait un western, il ne s’est pas contenté de références évidentes.

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Les guest stars

Comme d’habitude chez Tarantino et Rodriguez, les potes ont participé au tournage. On retrouve Michael Parks, le ranger de Kill Bill, shérif d’Une Nuit en Enfer ou des deux Grindhouse. Tom Savini joue les esclavagistes, tout comme Tarantino himself. Notons aussi l’apparition de Franco Nero, l’acteur principal du film Django de Sergio Corbucci. Mais la surprise vient de Samuel L. Jackson. On croit tout d’abord à un caméo plutôt drôle, à un rôle taillé sur mesure pour la courte apparition d’un acteur fétiche. On ne le prend pas au sérieux, tout comme les personnages. Nous avons tort. Ici, les guest stars peuvent cacher un vrai personnage important.

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L’humour

Il est rare que les méchants de Tarantino soient ridicules. Ce sont de vrais tordus, des sadiques parfois un peu décalés, mais moins drôles qu’inquiétants. Pourtant, les esclavagistes auxquels Django fait face sont des brutes, mais aussi des abrutis. Honnêtement, je ne m’attendais pas à devoir rire devant un groupe d’encagoulés du Ku-Klux-Klan. A part Leonardo DiCaprio, aucun n’est vraiment dangereux sans les armes qu’il porte à la ceinture. Cela peut enlever de la force dramatique à certaines scènes où Django fait le ménage parmi ses anciens tortionnaires, qui n’étaient finalement pas si terribles. En même temps, les méchants des westerns « classiques » ne sont pas toujours très malins. Tarantino s’est engouffré dans le genre qu’il a traité, sans hésiter à sacrifier à des codes qui l’éloignent de l’intensité de ses films précédents.

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Surprenant, oui. Raté, non, évidemment non. Le casting de Django Unchained est impeccable et l’histoire est prenante.

Décevant… parfois. Tarantino a réalisé quelque chose de différent, mais en avions-nous vraiment envie ? Pourtant, le rôle d’un artiste est bien de proposer quelque chose de neuf, et de bousculer le public. Si Django réussit à nous surprendre, c’est que Tarantino sait encore se renouveler en s’adaptant à un genre qui l’y oblige. Et ça, finalement, c’est une très bonne nouvelle !

Crédits photod : Sony Pictures Releasing France

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