Effets Secondaires : Pilule rouge ou pilule bleue ?

« Une pilule peut changer votre vie ». Cette phrase accrocheuse tirée de l’affiche d’Effets Secondaires pourrait davantage s’appliquer à Matrix qu’au dernier film de Steven Soderbergh. Car si l’histoire se construit autour d’un médicament précis, le film traite de beaucoup d’autres sujets. Effets Secondaires est un vrai polar psychologique qui aborde en sous-texte des thématiques très actuelles. Une pilule loin d’être difficile à avaler…

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Emilie (Rooney Mara) est submergée par une dépression, alors que son mari (Channing Tatum) vient de sortir de prison. Après une tentative de suicide, elle suit un traitement avec le psychiatre John Banks (Jude Law), qui lui prescrit un nouveau médicament dont les effets secondaires ne sont pas anodins : somnambulisme, perte de mémoire… Lorsqu’elle découvre le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, c’est le traitement de John Banks qui est remis en question. Quand ce dernier voit sa vie s’écrouler, il ne l’accepte pas. Pour se réhabiliter, il va mener sa propre enquête, et découvrir les rouages d’une manipulation perverse.

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Le film semble d’abord être un réquisitoire contre la consommation de médicaments à outrance, notamment d’antidépresseurs. Presque tout le monde en prend, on se les conseille entre amies comme on échange des recettes de cuisine. Quant aux psychiatres, ils déjeunent avec les représentants des labos pharmaceutiques, et sont payés pour proposer les nouveaux médocs derniers cris à leurs patients. Un sujet très actuel, tant on entend parler depuis quelques temps de conflits d’intérêts et du lobbying des laboratoires. Il suffit de repenser au vaccin contre la grippe A, ou plus récemment, aux pilules nouvelles génération. Effets Secondaires nous présente donc un homme, John Banks, un « psychiatre ordinaire », qui prescrit ses traitements avec un peu trop de légèreté et qui se retrouve pris dans un scandale qui aurait pu éclabousser n’importe lequel de ses confrères.

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Le film dénonce également la spéculation, qui permet de parier et de gagner de l’argent sur l’effondrement d’un produit coté en bourse, pratique douteuse s’il en est, encore plus inadmissible quand il s’agit de ce qui touche la santé des gens. Au final, on a la très désagréable impression que notre propre consommation de médicaments obéit à des règles que nous ne saisissons pas, que nous ne sommes que des cobayes dotés d’un porte-monnaie, totalement vulnérables à la volonté des grands groupes, ou pire encore, de notre médecin.

Mais si Effets Secondaires traite de grands sujets de société, il reste avant tout un excellent film de genre dont on ne décroche pas une minute.

Le spectateur est manipulé au même titre que le psy John Banks. On navigue d’un genre à l’autre pendant que l’histoire avance. D’un film quasi sociétal, on passe à un polar, puis à un thriller psychologique… Avec sa mise en scène millimétrée et très sobre, renforcée encore par l’excellente musique de Thomas Newman, Soderbergh nous balade sans en avoir l’air. Cette apparente froideur de la mise en scène rappelle Contagion, un de ses précédents films, notamment à cause des séquences qui se déroulent dans des lieux fermés et institutionnels : les hôpitaux, les bureaux officiels… Les affiches des deux films sont d’ailleurs très similaires, et on retrouve cette idée de film choral, dans lequel chaque personne a son importance.

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Les personnages se dévoilent également au fur et à mesure, pas un ne reste stable et fidèle à la première impression qu’il nous donne. A ce titre, le casting est impeccable : Jude Law, Rooney Mara, Channing Tatum et Catherine Zeta-Jones sont chacun un élément d’une toile d’araignée qui se tisse et se métamorphose. La question est de savoir lequel d’entre eux y restera pris au piège… Le rythme du film semble parfois un peu lent, mais il avance d’une façon implacable, nous permettant de réaliser l’ampleur des manipulations et des rapports de force entre les personnages, mais aussi de la société envers ses acteurs.

Le film tout entier pourrait se résumer à une de ses citations. L’utilité des antidépresseurs y est décrite ainsi : « combattre le mal du présent, pour être heureux dans le futur ». Tous les personnages avancent dans l’histoire selon cette formule. Ils ne sont que des pions dans une société manipulatrice, qui a ses intérêts propres et souverains. Ils essaient donc de jouer à leur manière, en faussant les règles pour sortir de ces voies qui sont tracées d’avance, et se créer un autre futur. Sans états d’âmes pour le voisin.

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Crédits photos : DR

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