Les musées de cire au cinéma : Arrêts sur images

Les musées de cire et leurs personnages si réalistes totalement figés mettent beaucoup de gens mal à l’aise. Le cinéma a réalisé très vite qu’il pouvait tirer parti de l’angoisse que provoquent les statues de cire. Rien de tel qu’une peur déjà existante sur laquelle baser un film d’horreur… Du cinéma muet au slasher moderne, les figures de cire ont traversé l’histoire du cinéma. En voici quatre exemples représentatifs de leur époque .

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Le Cabinet des Figures de Cire (1924) de Paul Leni

Un auteur est engagé pour écrire les biographies imaginaires des figures de cire d’un musée. Le film se découpe en 3 parties distinctes : l’histoire d’un calife amoureux de la femme d’un boulanger, plutôt drôle, celle d’Ivan le Terrible et de ses salles de torture, beaucoup moins drôle, et un rêve que fait l’auteur, dans lequel la statue du tueur anglais Jack Talons-à-Ressorts prend vie.

Chaque décor du Cabinet des Figures de Cire est construit selon des critères expressionnistes. Les escaliers se croisent sans logique, les maisons seraient difficilement vivables et les portes et fenêtres ont de drôles de formes. Sans compter la séquence du rêve, à la fin du film, qui joue en plus sur des superpositions d’images. Le film utilise également différentes teintes de pellicules comme cela se faisait beaucoup à l’époque, qui définissent les différents lieux et différencient ainsi la réalité des histoires inventées.

Le palais du Calife, expressionniste à souhait.

Le palais du Calife, expressionniste à souhait.

Dans le film de Paul Leni, les statues comme le propriétaire du musée sont inoffensifs. Le musée de cire n’est qu’un prétexte pour raconter l’histoire d’un Calife et du Tsar Russe. Le fait d’inventer leurs vies permet de donner libre cours au style expressionniste, parfait pour exprimer le rêve et l’imaginaire.

Les statues de cire n’en sont pas vraiment : ce sont les véritables acteurs. Ils nous sont d’ailleurs présentés, immobiles, dans une sorte de générique. Le nom de Conrad Veidt s’affiche lorsque l’on voit la statue d’Ivan le Terrible. Pour donner vie à ce personnage, l’acteur du Cabinet du Docteur Caligari et de L’Homme qui rit utilise une démarche chaloupée et tordue très dérangeante. Sans parler de son regard…

Conrad Veidt en Ivan le Terrible.

A droite de l’image, Conrad Veidt en Ivan le Terrible.

L’Homme au Masque de Cire (1953) d’André De Toth

Vincent Price campe un sculpteur talentueux qui a failli mourir dans l’incendie de son atelier. Il y a perdu l’usage de ses mains, mais a créé un autre musée avec l’aide de ses apprentis. Parmi ses nouvelles sculptures, une jeune femme croit reconnaître son amie Cathy, assassinée quelques temps plus tôt par un homme défiguré. Un cadavre se cacherait-il sous la statue ?

On retrouve dans ce film une ambiance proche de celle des films de la Hammer de l’époque. Tout est très réaliste mais on sent planer une menace sourde. Ce qui n’empêche pas les personnages d’être de vrais gentlemens, même dans les pires situations. On pourrait tout à fait imaginer Christopher Lee dans le rôle du sculpteur fou, même si Vincent Price est tout à fait effrayant avec son regard fixe et autant d’expressions qu’une statue de cire.

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Vincent Price parle de son art… Celui d’étrangler les gens ?

Son personnage est obsédé par les œuvres qu’il a perdues dans l’incendie de son premier musée, et ne cherche qu’à recréer leur perfection. Mais il est obligé de confier la sculpture à ses apprentis (dont un jeune Charles Bronson au visage cireux), et il contribue à sa façon à la beauté de ses statues : il s’occupe des cadavres qui les composent. Le masque de cire sous lequel il dissimule son visage est tellement parfait que personne ne le remarque. Trop parfait, évidemment, puisque l’acteur joue à visage découvert. L’horreur est sensée venir lorsque ce masque se brise et qu’on découvre sa difformité. Cette idée est reprise dans Le Masque de Cire, produit par Dario Argento et destiné à l’origine à être réalisé par Lucio Fulci. Robert Hossein se dissimule lui aussi sous la cire, et laisse un nombre considérable de cadavres derrière lui, mais le film est beaucoup plus fantastique et gothique que celui d’André de Toth.

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On a vu Robert Hossein en meilleure forme.

 Waxwork (1988) d’Anthony Hickox

Des amis sont invités à visiter un musée de cire, dans lequel tous les plus grands personnages horrifiques sont représentés, de Dracula au Marquis de Sade. En s’approchant trop des scènes, les visiteurs sont absorbés dans l’histoire qu’elles représentent. S’ils meurent, ils deviennent eux-mêmes une statue de cire. En enquêtant sur la disparition de ses amis, Mark va tenter de déjouer le plan du propriétaire du musée (David Warner), qui utilise la sorcellerie vaudou pour donner vie à ses figures de cire.

Avec Waxwork, nous sommes en plein dans le cinéma des années 80. On retrouve l’ambiance des Gremlins (et son acteur principal Zach Galligan), mais aussi celle de Génération perdue ou de Peur Bleue (Silver Bullet) ou même des Goonies. Ces films sont drôles et horrifiques, ils mélangent allègrement des figures du fantastique à une réalité souvent morose. Les héros sont des types ordinaires, voire des loosers, qui gagnent leur statut (et une petite amie) au cours du film.

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Torturé par ses hormones au début du film, il sera devenu un homme à la fin.

On ne voit jamais le méchant de Waxwork sculpter ses figures de cire. Ce n’est pas un artiste mais un sorcier dont le but est de provoquer la fin du monde avec les 18 créatures maléfiques représentées dans son musée. Dingue, oui. Crédible, un peu moins.

Comme dans Le Cabinet des Figures de Cire, les statues sont de véritables acteurs. Elles sont donc très réalistes, mais perdent cet aspect inquiétant dû à un visage extrêmement figé. Le musée n’est ici qu’un prétexte pour réaliser une sorte de melting-pot de films d’horreur de tous bords : on y retrouve des références à La Nuit des Morts Vivants, Vampire, vous avez dit vampire ?, à des films de loups-garous ou de momies. On en a pour son argent puisqu’on voit plusieurs films pour le prix d’un, qui finit en joyeux bordel avec une bataille générale « monstres divers VS humains ». Les effets gores semblent également fortement inspirés d’Evil Dead, sorti quelques années plus tôt.

L'affiche de Waxwork, qui annonce un joyeux foutoir.

L’affiche de Waxwork, qui annonce un joyeux foutoir.

La Maison de cire (2005) de Jaume Collet-Serra

Des ados américains partis assister à un match se retrouvent en panne au milieu de nulle part. En allant chercher de l’aide dans la ville la plus proche, ils y découvrent un musée/maison construit entièrement en cire, dont les statues sont très réalistes. Et pour cause : elles sont faites à partir de personnes vivantes.

Oubliée l’ambiance fantastique du film muet, le côté malsain de Vincent Price ou même l’humour bon enfant de Waxwork. La Maison de Cire est un vrai slasher qui n’y va pas par quatre chemins. Tous les codes sont là : la blonde qui a perdu sa virginité depuis longtemps (on sait déjà qu’elle va y passer), l’autochtone pervers et bizarre, la ville isolée sortie d’un autre temps, l’espèce de chambre des tortures au sous-sol, et la famille de dingues. Il suffit de remplacer le côté tranchant d’une tronçonneuse par le côté bouillant de la cire en ébullition. Le tout fonctionne plutôt bien même si le film ne restera pas dans les mémoires comme un classique du genre. Il a tout de même le mérite d’avoir lancé la carrière de Jaume Collet-Serra, qui a fait bien mieux depuis, comme Esther, par exemple.

Atelier glauque où les humains sont transformés en statues de cire.

Atelier glauque où les humains sont transformés en statues de cire.

Les méchants du film sont très proches de ceux de Massacre à la Tronçonneuse. Ils sont dingues, évidemment, vivent en autarcie et détournent les touristes de passage. Vincent, le sculpteur, porte un masque de cire pour cacher sa difformité, tout comme Leatherface arborait une sorte de cagoule en peau humaine. Les deux personnages se ressemblent aussi au niveau du caractère : Leatherface est un grand enfant attardé qui tue mécaniquement et qui est utilisé par sa famille. Idem pour Vincent, qui ne demande qu’à sculpter et qui est totalement manipulé par son frère sadique. Mention spéciale à Brian Van Holt, qui joue les deux frères Bo et Vincent, et qui parvient à leur donner une démarche et des expressions propres. Ici, le masque accentue l’étrangeté du personnage, contrairement à L’Homme au Masque de Cire ou à sa version italienne, dans lesquels porter un masque permet de passer pour quelqu’un de normal

Le teint est un peu cireux...

Le teint est un peu cireux…

Les figures de cire sont ici très impressionnantes. Voir les yeux d’une statue bouger reste une grande angoisse pour tous les visiteurs de musées. De plus, Vincent a étendu son œuvre à toute la ville, une ville fantôme peuplée de cadavres encirés. Les effets spéciaux sont plutôt réussis mais le côté grand spectacle fait perdre cette ambiance ouatée et intimiste qui rend les musées de cire si spéciaux, alors que cette atmosphère est parfaitement reproduite dans L’Homme au Masque de Cire.

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Quand l’héroïne réalise qu’elle aurait mieux fait de rester chez elle.

Crédits photos : DR

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