Les Nazis et le Renouveau du Nanar : Zombies, Science-fiction et Médecine expérimentale

Def. Nanar : Un film tellement mal réalisé et mal joué qu’il en devient drôle, à ne pas confondre avec le navet, tout simplement sans intérêt.

Nous assistons actuellement au renouveau des nanars. Des acteurs aussi expressifs que des endives, des scénarios au summum du loufoque et des effets spéciaux kitschs ou désastreux, au choix. Dans cette nouvelle vague du nanar, deux thèmes sortent du lot : les requins (Jurassic Shark, Sharknado et autres) et les nazis. Je me suis arrêtée sur cette deuxième catégorie, car Jurassic Shark m’a donné trop mal au crâne. Je me suis payé quelques bonnes rigolades, mais quelques belles découvertes aussi.

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Ce dossier va donc vous apprendre que les nazis n’ont pas disparu. Je ne parle pas des idées fachos et de leurs ambassadeurs qui pullulent un peu partout dans le monde, non, je parle des nazis historiques, ceux en uniformes qui ont envahi l’Europe. Ils se sont réfugiés dans des endroits improbables, attendant leur heure pour instaurer un nouveau Reich.

Nazis au centre de la terre (Joseph L. Lawson, 2012). Pauvre Jules Verne…

Le titre parle de lui-même. Une poignée de nazis, emmenés par le Docteur Josef Mengele, « l’Ange le la mort » d’Auschwitz, s’est cachée au Centre de la Terre. Mengele y a continué ses expérimentations, permettant ainsi à ses hommes de vaincre la mort, même si certains sont de véritables zombies, pourrissants sur pieds. Le film commence lorsqu’un chercheur disparaît en Antarctique. En suivant sa trace, ses collègues découvrent la base des nazis, qui les forcent à travailler pour eux. En bref, un joyeux mélange de tout et n’importe quoi : médecin fou, zombies et science-fiction.

Voici le résultat d'une greffe de peau sur un nazi zombie.

Voici le résultat d’une greffe de peau sur un nazi zombie.

Le film est assez difficile à regarder. Rien ne vole très haut, ni le scénario, ni les décors, et certainement pas les dialogues débités par des acteurs assez mauvais. Au milieu de ce néant artistique, on tombe sur certaines scènes assez atroces, comme celle où une femme se fait violer par des nazis en décomposition. La violence de cette scène est disproportionnée par rapport au reste du film, c’est ce qui la rend si désagréable. Pour le reste, on alterne dialogues mal foutus et mauvais effets spéciaux. La course poursuite dans les couloirs de la soucoupe volante (parce que oui, la base est en fait une grande soucoupe volante) est vraiment mal jouée et mal montée, mais dans la grande tradition du nanar, le résultat est plutôt marrant. Le n’importe quoi culmine avec la greffe de la tête d’Hitler (en état de marche, bien sûr) sur un robot géant qui fait des bonds de kangourou et qui dispose d’un arsenal digne du jeu vidéo Unreal Tournament.

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Hitler en robot de combat.

On retrouve cette obsession pour la tête d’Hitler dans le film d’animation de Rob Zombie The Haunted World of El Superbeasto (pas encore sort chez nous), un ovni loufoque et sympathique. La sœur de El Superbeasto combat des nazis qui ont conservé la tête d’Hitler dans du formol. Leurs apparitions sont un élément comique récurent du film. Rob Zombie avait d’ailleurs réalisé en 2007 la fausse bande-annonce Werewolf Women of the SS, qui accompagnait les films Grindhouse (Planète Terreur de Rodriguez et Boulevard de la Mort de Tarantino). On sent qu’il aime beaucoup les tourner en ridicule…

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Suzy-X, la digne sœur du Superbeasto.

Iron Sky (Timo Vuorenzola, 2012). Des nazis et des smartphones

On retrouve l’idée d’une soucoupe volante nazie dans Iron Sky, un film plutôt intéressant et agréable à regarder. Cette fois-ci, les nazis ont trouvé refuge sur la face cachée de la lune. Ils y ont développé des armes super-puissantes, et rêvent de reconquérir la Terre un jour, ou de la pulvériser, ça dépend. Quand ils capturent un astronaute noir (ça leur fait tout drôle), ils mettent la main sur son smartphone, qui est plus puissant que toutes leurs sources d’énergie. Ils décident donc d’aller sur Terre chercher d’autres smartphones afin de mettre en route leur arme ultime.

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La base nazie sur la face cachée de la Lune.

Ce qui est intéressant dans ce film, c’est d’abord d’imaginer la confrontation entre une population qui vivrait encore selon les principes du IIIè Reich, et des représentants du XXIè siècle. Le choc des cultures avec un un noir américain astronaute et mannequin bien dans sa peau est plutôt drôle. Le passage où il fait découvrir Le Dictateur de Chaplin à une nazie qui n’en connaissait que l’extrait du globe terrestre, et qui croyait donc que c’était un court-métrage à la gloire d’Hitler est plutôt bien trouvé.

Iron Sky penche même vers la critique sociale, en montrant que des communicants qui travaillent en politique pourraient très bien se laisser tenter par les idées et le folklore nazis pour faire gagner leur candidat coûte que coûte. C’est un peu manichéen et un peu simpliste, mais pas si loufoque que ça.

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Nazis superstars.

Iron Sky est à classer un peu à l’écart des nanars, car les effets spéciaux sont réussis et les acteurs sont plutôt bons. Évidemment, on ne peut pas non plus comparer ce qui n’est pas comparable : avec 7,5 millions de dollars de budget, Iron Sky ne joue pas dans la même catégorie que Nazis au Centre de la Terre et ses 200 000 dollars pour 12 petits jours de tournage.

The 25th Reich (Stephen Amis, 2012). Et les araignées domineront la Terre.

On reste dans la science fiction loufoque avec The 25th Reich. Ce film est plutôt une bonne surprise, même s’il ne se passe quasiment rien pendant… allez, les ¾ du film. Explications.

Pendant la seconde guerre mondiale, un petit groupe de soldats alliés doit voyager dans le passé (ils ont une machine à remonter le temps qui ressemble à une grosse radio) pour défaire les nazis avant qu’ils ne posent des problèmes. Mais un nazi infiltré parmi eux va voler une soucoupe volante tombée sur Terre à la préhistoire (oui oui) et s’en servir pour faire gagner la guerre au Reich. Les alliés iront alors dans le futur, à l’époque du 25è Reich, pour résister encore et toujours aux nazis qui se sont transformés eux-mêmes en araignées géantes mécaniques…

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Attention, derrière toi, une araignée mécanique nazie !

Ce résumé paraît très bizarre et franchement tiré par les cheveux, mais la majorité du film en est très éloignée. Car avant que ces événements n’arrivent, il s’est passé plus de la moitié du film, pendant laquelle les personnages ne font que discuter, à la manière des films de guerre des années 60. Ils parlent de leurs vies, de leurs rêves, de leur vision de l’Amérique, leurs caractères se dessinent, les rapports de force aussi, etc. Le personnage principal ressemble à Charles Bronson, et il a piqué sa moustache à Clark Gable. Le générique est également très travaillé, esthétiquement proche du travail de Saul Bass. Cet hommage aux vieux films de guerre est plutôt bien réussi, mais cela rend le film un peu soporifique. C’est seulement à la toute fin du film qu’on bascule dans la science-fiction complètement barrée, avec des araignées mécaniques géantes nazies, visuellement très réussies auxquelles on a dû consacrer 90% du budget total du film…

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Voici à quoi ressemble le 25è Reich.

L’ensemble est donc plutôt mal équilibré, mais reste agréable, et la loufoquerie de la fin est très plaisante. Pour décrire l’ensemble, c’est un peu comme si Ed Wood avait réalisé Les 12 Salopards.

Frankenstein’s Army (Richard Raaphorst, 2013) Freaks.

Voilà un petit nanar qui s’en sort bien avec peu de budget, mais pas mal de bonnes idées. L’histoire se déroule à la fin de la deuxième guerre mondiale. Des soldats russes reçoivent un appel de détresse qui les mène dans un village abandonné. Ils y découvrent un immense complexe médical caché, dans lequel est créée une armée nazie composée de personnages difformes, assemblés à partir de morceaux de cadavres et de pièces mécaniques par le docteur Frankenstein. Une armée de morts-vivants conçue pour venir au secours du IIIe Reich. Tout cela filmé en found footage, par un réalisateur russe qui accompagne les soldats.

Une des créatures de l'armée nazie du baron Frankenstein.

Une des créatures de l’armée nazie du baron Frankenstein.

Alors oui, on nous sert du found footage à toutes les sauces, et celui-ci donne parfois mal au cœur et donne un ensemble un peu fouilli. Mais l’image, qui est donc censée provenir d’une caméra d’époque, est assez travaillée, et les couleurs sont vieillies, ternes, un peu crades. Les monstres de l’armée nazie, faits de bric et de broc, qui surgissent devant une caméra tremblante font leur petit effet.

Malgré des dialogues assez pauvres (mais pas très nombreux, ça compense) et des personnages un peu ternes, l’ambiance est assez réussie grâce aux bestioles tordues et aux décors très glauques. Frankenstein’s Army compte même une tête d’affiche dans son casting : Karel Roden. Si son nom ne fait pas immédiatement écho en nous, on le connaît pour son rôle de Raspoutine dans Hellboy, du méchant Korski dans Largo Winch ou du mafieux russe dans RockNRolla de Guy Ritchie. Il parvient à doser parfaitement la folie et la dangerosité de son personnage, sans trop en faire et donc en évitant le ridicule.

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Le docteur Frankenstein vous fait visiter son labo.

Si ce film est un peu décevant, c’est justement parce qu’il évite le pire, mais qu’il passe à côté du meilleur, comme si le réalisateur n’avait pas osé se lâcher pour de bon. L’ambiance est glauque, mais reste un peu trop décorative, alors que le scénario aurait pu utiliser davantage ces éléments de décors, et ainsi moins tourner en rond. Mais Frankenstein’s Army reste définitivement une bonne surprise.

Dead Snow (Tommy Wirkola, 2009). Evil Dead en Norvège

Et enfin, un nanard qui n’en est pas un : Dead Snow. D’une histoire de zombies nazis qui attaquent un groupe d’amis en vacances dans un chalet, le réalisateur est parvenu à un bon petit slasher, gore et drôle, dans la grande tradition d’Evil Dead. Les deux scénarios se ressemblent beaucoup et le film est d’ailleurs bourré de références au film de Sam Raimi, à Braindead ou encore au jeu vidéo Call of Duty.

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Cette tronçonneuse, elle vous dit quelque chose ?

Esthétiquement, Dead Snow est très agréable à regarder. Tout se passe dans la neige, il y a donc du blanc, le noir des uniformes nazis et le rouge du sang qui coule à flot grâce une floppée d’armes en tous genres. Les zombies sont réussis, parfois même un peu flippants. Après ce film, Tommy Wirkola s’est d’ailleurs vu confier la réalisation d’Hansel & Gretel : Witch Hunters, dont j’avais fait la critique. Logique, car avec Dead Snow, il nous offre du beau spectacle et nous fait passer un bon moment.

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Le chef des nazis de Dead Snow.

Tout le contraire de Blood Creek, de Joel Schumacher (2008), qui promet beaucoup et qui ne donne rien. Les deux films ont pourtant des bases communes : ils s’appuient sur des faits historiques (les exactions des nazis en Norvège et les recherches occultes des SS de Himmler) et se déroulent quasiment en huis-clos, mais le résultat est totalement différent. Concernant Blood Creek, la perspective d’être enfermé dans une ferme américaine avec un nazi occultiste transformé en une créature mi-zombie mi-vampire mettait l’eau à la bouche. Mais les décors ne sont pas mis en valeur, aucune ambiance particulière ne ressort des images, et pas l’ombre d’une angoisse ne nous effleure. Les personnages sont creux, et les maquillages de la créature n’aident pas le pauvre Michael Fassbinder à créer un bon personnage de méchant. Blood Creek est à l’inverse de Dead Snow : ambitieux mais creux. Un nanar qui s’ignore.

Crédits photos : DR

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Donc voici un nazi zombie occultiste… Dommage, ça aurait pu être très sympa.

 

 

 

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