Rencontres avec des artistes : Le geste et la matière

Ici sont à découvrir des artistes qui m’ont présenté leur travail. Lors d’une exposition, ou au milieu de leur salon. Un artiste ne se définit pas à son succès ou à sa médiatisation, mais à sa capacité à toujours « concrétiser » ce qu’il a dans la tête, en une tentative d’expression. Car l’art, c’est toujours une tentative, renouvelée à chaque peinture, photo, dessin. Tous les médias sont bons, le système D est roi, le support le plus incongru peut devenir le meilleur moyen de créer. Mais à chaque fois, deux éléments sont à la base d’une tentative réussie : la matière et le geste.

Nacho_dessin Une

 

Rencontre n°1 : Nacho

Jeune diplômé des Beaux Arts de Madrid, Nacho cherche à Paris l’inspiration pour traiter sous différentes formes ses thèmes de prédilection : l’exploration sous marine ou extraterrestre, par les thèmes de la résurrection, du ciel, de la cuisine, des personnes et de leurs corps, de la ville et de sa décadence. Avec une formation en dessin, peinture, sculpture et des bases en design et restauration, il utilise toutes les techniques pour atteindre ce sentiment de liberté que dessiner lui procure.

Le geste.

Les différents travaux de Nacho n’ont pas tous le même trait. Cela dépend du sujet, et de la technique utilisée. Selon lui, « Peindre sur grand format se rapproche un peu de la danse ». On sent dans certains dessins l’implication du corps entier. Les mouvements ne peuvent pas venir uniquement de la main. C’est trop souple, et trop précis à la fois. Comme pour ce portrait représentant un clochard parisien. La peinture a coulé, ses traits ressemblent plus à des tâches, et pourtant son visage apparaît. Il ressemble à Che Guevara, photographié par ses assassins. Et en même temps, il semble presque irréel, comme vaporeux à cause des contours flous de son corps.

 Nacho_clochard

Et puis il y a son travail sur Photoshop. Moins « physique », cantonné au cadre fermé d’une tablette numérique et à un mouvement du poignet. Si le trait est plus précis, ce personnage nous apparaît malgré tout comme une apparition. Il semble surgi d’un autre monde, fantomatique, perdu dans le noir qui l’absorbe en partie. Ici, « on travaille avec la lumière et non pas la matière ». C’est effectivement le travail sur les ombres qui apporte toute sa beauté à ce personnage. Et toute son irréalité, qui le rend proche d’un univers de fantasy.

Nacho_photoshop2

Mais Photoshop lui permet pourtant d’introduire du relief dans ses dessins. Du relief, et de la vie. Sur le visage de ce personnage, la texture de la peinture est visible, pourtant le trait est informatique. On ressent les mouvements du pinceau, qui forment des rides et un burinage du visage proche de certains personnages de Juan Gimenez, aux traits marqués. On dirait presque que ce visage a été modelé et pétri à la main. A travers une tablette, on sent le besoin de Nacho de faire ressortir le geste, un geste ample et libre, un geste dont il reste la trace. Mais on sent aussi la matière.

Nacho_Photoshop

La matière.

Des tableaux à regarder, mais que l’on préférerait toucher, ou sentir, voire même goûter. Au cas où la saveur ou l’odeur soient là. Ce tableau jaune orangé, qui ressemble à du Cheddar fondu qu’on aurait appliqué sur une toile à la truelle. Cette couche violette, qu’on aimerait décoller comme la peau d’une soupe au lait, pour voir ce qu’il y a en dessous. Bon d’accord, ce n’est pas la première fois que des tableaux me donnent faim… Mais ici, ce sont des couches, des blocs comme des grumeaux, les mouvements comme ceux d’une spatule qui travaille une pâte. C’est la matière. Une peinture rendue à son état organique et dont on découvre qu’elle peut évoquer autre chose que de la peinture. Et ce qui s’en rapproche le plus, c’est la cuisine. Malaxer, étaler, mélanger. Donner envie.

Nacho_Peintures

Ces sachets de thé, accrochés ensembles, aussi secs que les chaussettes de l’archiduchesse portent en eux l’image de l’humidité. On la ressent. Accrochés ensemble dans une petite niche, ils formaient un autel quasi religieux. Plutôt païen, en fait… Au Dieu du thé. Exemple de l’élément incongru que Nacho a su transformer en matière digne d’intérêt. Et c’est magique de découvrir toutes les nuances de couleur qui se sont formées sur cette toile sèche. Des veines oranges, du noir corsé, des tâches. Des sachets morts qui contrastent avec la couleur jaune immuable de leur étiquette, qui n’a pas été altérée.

Nacho_thé

Comme en cuisine, c’est dommage de gâcher des ingrédients. En témoignent ces tâches noires, accrochées sur la gauche de cette dernière photo. Un encrier a été renversé. Du gâchis. Des feuilles blanches ont été plaquées dessus, pour éponger mais aussi par curiosité. Une tentative, encore. Et d’une tâche de noir total surgissent des ombres grises, des formes qui se créent d’elles mêmes. Il ne suffit pas d’en avoir l’idée, il faut en avoir l’envie, envie de pousser une simple tâche d’encre au bout d’elle-même, pour transformer la tentative.

Nacho_dessins taches

Ici, le lien vers le site internet de Nacho, et sa page facebook.

Merci à Clémentine Fouquet pour la biographie de Nacho.

Crédits Photos : Nacho

 

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