White Zombie et Terreur dans le Shanghaï Express : Les dessous de la zombification

George A. Romero a inventé le zombie moderne, mort vivant accro à la chair humaine, à la démarche chancelante et à la morsure tenace. Danny Boyle a fait évoluer le personnage en y ajoutant la contagion et la peur des virus dans 28 jours plus tard, et en conférant aux zombies l’agilité et la vitesse des sprinteurs. Mais avant que le genre ne soit codifié, le zombie était déjà sur nos écrans, sous d’autres formes. En voici deux exemples, réunissant de grandes figures du cinéma d’horreur : White Zombie avec Bela Lugosi, et Terreur dans le Shanghaï Express, avec Christopher Lee et Peter Cushing.

 

White Zombie : un Dracula esclavagiste

L’histoire se déroule à Haïti, où circulent de nombreuses légendes sur des voleurs de cadavres et sur d’étranges « zombies ». Deux jeunes fiancés s’y rendent à l’invitation d’un homme qui cherche à séduire la jeune femme. Pour se l’approprier, il fait appel à un maître vaudou, Bela Lugosi, qui transforme la demoiselle en un zombie sans âme.

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Ce film de 1932 est un curieux mélange entre un film de vampire et un film de zombie, et qui brasse également des légendes vaudou et une forme de critique sociale. Ça fait beaucoup en un peu plus d’une heure, et le mélange n’est pas toujours réussi… D’abord, Lugosi joue comme il joue Dracula, et il est filmé comme tel. Regard hypnotique, les mains crochues aux ongles longs, il est affublé d’une cape noire. L’intérieur de la maison dans laquelle est accueilli le couple ressemble plus à un château en Roumanie qu’à une villa aux Antilles. Le scénario utilise même des séquences typiques des films de vampires : l’arrivée en calèche, avec Lugosi qui attend sur le bord de la route, ou encore l’intervention d’un tiers (le professeur Van Helsing dans les Dracula, ici le docteur Bruner) qui connaît tout sur les légendes du coin et qui va aider le héros.

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Bela Lugosi en comte Dracula

Pourtant, les caractéristiques principales du zombie sont bien là. Ce sont des morts, revenus à la vie sans âme et sans aucune capacité de réflexion. Ils marchent lentement, mais ne mangent pas de chair humaine. Ils ne tuent que si le maître vaudou, qui les tient en son pouvoir, leur en donne l’ordre.

La jeune fiancée transformée en zombie

La jeune fiancée transformée en zombie

Ce qui rapproche White Zombie de la démarche de Romero, c’est bien entendu la dimension sociale du film. Haïti a été une des colonies françaises les plus rentables grâce au travail de ses esclaves jusqu’à l’indépendance du pays, consécutive à des révoltes, en 1804. Remplacer des personnes vivantes qui risquent de se révolter par des morts qui ne peuvent plus réfléchir, c’est le rêve de tout esclavagiste. Et le travail pénible infligé aux esclaves pouvait bien être une forme de zombification, qui les laissait avec juste assez de force pour recommencer le lendemain. L’esclavage, c’est la suppression du statut d’être humain, représenté par le zombie. On est pas si loin des morts vivants créés par la société de consommation, qui arpentent les couloirs des centres commerciaux, mis en scène par Romero dans Zombie.

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Quand l’instinct pousse à la consommation…

Terreur dans le Shanghaï Express : aux frontières du réel

Les films de vampire sont encore très présents dans Terreur dans le Shanghaï Express (1973), qui réunit Christopher Lee et Peter Cushing, connus pour avoir interprété respectivement Dracula et le professeur Van Helsing dès 1958 pour la Hammer. Cette fois-ci, ils sont alliés pour démasquer un monstre qui vole les souvenirs de ses victimes, et qui s’empare de leurs corps. Ceux qu’il tue peuvent revenir à la vie mais ne sont plus que des corps vides, qu’il peut contrôler.

Horror Express

Le film se déroule exclusivement en huis-clos, façon Crime de l’Orient-Express. Le suspens fonctionne plutôt bien, malgré le trop grand sang froid des deux héros : ce sont des hommes de science, et Britanniques de surcroît, vous imaginez… Aucune inquiétude ne se lit sur leurs visages alors que la dépouille d’un homme préhistorique s’est évaporée et que des cadavres sont retrouvés dans son sillage.

Tout le flegme britannique

Tout le flegme britannique…

La créature s’empare des corps de ses victimes et peut donc changer d’apparence à loisir. Elle tue d’un seul regard, grâce à ses yeux qui deviennent rouges et lumineux. Cela rappelle le regard d’un robot, et les explications à la fin du film confirment que nous sommes bien à la limite entre l’horreur et la science-fiction. Car le monstre se révèle être une entité venue d’une autre galaxie. Ajoutez à cela un moine russe un peu cinglé et des soldats cosaques qui essaient de faire la loi, et vous obtenez un joyeux bordel, assez agréable à regarder…

Shanghai-Express créature

Selon les films de Romero, « quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre ». Cette explication n’a rien de scientifique. Dans Terreur dans le Shanghaï Express, la contamination a une source identifiable. Mais la créature ne frappe pas au hasard comme un virus, elle choisit ses victimes en fonction des connaissances qu’elles peuvent lui apporter. Le film est ballotté entre surnaturel et explications scientifiques, auxquelles s’accrochent Lee et Cushing. C’est ainsi qu’ils font subir des examens aux passagers du train afin de démasquer celui qui abrite le monstre, à la manière de Will Smith dans Je suis une légende, avec un seul microscope et une loupe. On découvre seulement à la fin du film que la créature peut forcer ses victimes à se relever. On assiste alors à une vraie marche de zombies, qui avancent lentement, les bras en avant. Un peu comme les héros de Shaun of the Dead lorsqu’ils veulent passer inaperçus.

Shaun-of-the-Dead

Moralité de ce film : les certitudes religieuses ou scientifiques n’expliquent pas tout. Le moine russe a tôt fait de retourner sa veste en constatant la puissance du monstre, et les deux scientifiques ne peuvent rien résoudre, surtout lorsque les morts commencent à marcher. Terreur dans le Shanghaï Express est un peu inclassable : il regroupe de la SF, de l’horreur et des références aux films gothiques de la Hammer. S’il annonce les films de contamination que nous connaissons, les débuts du genre sont un peu « fourre-tout ». En revanche, la science demeure incapable d’expliquer ou d’arranger les choses. Pire, elle est à l’origine du problème, puisque c’est Lee qui a réveillé le monstre dans le cadre de ses recherches. Et cela rejoint bien une des peurs à la base de nombreux films de zombies ou de contamination actuels. Quand les hommes jouent avec la science, cela se retourne contre eux.

"Regarde moi dans les yeux !"

« Regarde moi dans les yeux ! »

Pour en savoir plus sur l’histoire et l’évolution des morts-vivants au cinéma, n’hésitez pas à jeter un œil au Hors Série de Mad Movies n°20 « Apocalypse Zombie ».

Crédits photos : DR

 

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